1. A LA UNE
Dossier : appui du CDE aux secteurs des matériaux de construction
et des pierres naturelles
Poursuivant son travail de repérage, de préservation, de valorisation, de partage et d’actualisation des informations, l’Unité de Gestion des Connaissances du CDE a réalisé pour le numéro de Partenariat du mois de juin 2010, une troisième monographie portant sur les secteurs des matériaux de construction et des pierres naturelles.
Après avoir achevé deux Programmes pluriannuels sur ces deux sous-secteurs, dans la première moitié des années 2 000, le CDE a poursuivi son action de soutien en s’appuyant sur l’assistance ad hoc. Le Centre a donc accumulé une grande expérience dans ces deux secteurs de spécialisation et voudrait la partager avec vous.
Dans ce numéro, à coté des articles sur notre activité, vous trouverez plusieurs entretiens avec des experts et professionnels des secteurs des matériaux de construction et des pierres naturelles, qui nous informent sur les dernières tendances en cours et nous aident à dresser un bilan de l’assistance apportée par le CDE.
Bonne lecture!
Unité de Gestion des Connaissances du CDE :
Jordi Tió Rotllan, responsable : jordi.tio-rotllan@cde.int
Simona Mussolino, expert : simona.mussolino@cde.int
2. FOCUS
Graham Smith, consultant international spécialisé dans les céramiques :
« Le secteur de la construction profite à l’ensemble de la société »
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| Graham Smith et des constructions en brique construites au Ghana | ||
Graham Smith est un consultant international expérimenté spécialisé dans les céramiques, les matériaux de construction et les minerais non-métalliques. Il a conduit des projets de développement dans le monde entier pour le compte d’entreprises privées et d’organisations internationales (CDE, ONUDI, Banque mondiale, etc.).
M. Smith a été consultant associé du CDE, durant six ans, dans le secteur des matériaux de construction et des céramiques. Il a contribué au développement du programme du CDE pour le secteur des matériaux de construction en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes entre 2001 et 2006. Il a également mené de nombreuses interventions ad hoc pour le CDE en Afrique, dans les Caraïbes et le Pacifique. Ses interventions comportaient des études de diagnostic, des assistances techniques sur site auprès d’entreprises, des études de faisabilité, des études de marché et l’organisation de divers ateliers de travail sur les matériaux de construction, depuis 1995.
Dans l’interview qu’il nous a accordée, Graham Smith fait le point sur la situation du secteur et dégage des perspectives de développement.
Durant votre collaboration avec le CDE dans le cadre du programme sectoriel des matériaux de construction, quelle était la situation de l’industrie de la brique en terre cuite ?
Depuis les années 1980, le développement de l’industrie de la brique en Afrique de l’Ouest a été freiné par deux contraintes : un volume réduit et un manque de capital. En fait, à cette époque, de nombreuses petites unités industrielles ont été construites dans le cadre de programmes soutenus par les pouvoirs publics ou les donateurs internationaux. Ils ne pouvaient survivre longtemps sur un marché qui exige des volumes importants et beaucoup d’investissements. La fourniture de briques et de tuiles était erratique du fait de la faiblesse et de l’intermittence de la production. Cette situation a découragé les architectes et les sous-traitants du secteur du bâtiment qui devaient subir de nombreux délais de livraison.
Cette situation a-t-elle évoluée ?
La situation n’a pas évolué de la même façon dans tous les pays concernés. Au Ghana et au Nigeria, par exemple, la situation est nettement plus favorable. A la suite de la privatisation du secteur, des entreprises plus efficaces se sont développées après le rachat d’unités de production en faillite. De plus, des commandes importantes du secteur public ont permis à ces entreprises d’investir dans des projets de construction en briques de terre cuite et de s’assurer une sécurité financière. La confiance a été de ce fait restaurée auprès des architectes et des entrepreneurs.
Pensez-vous que le programme bâtiment et construction du CDE a contribué à ce résultat ?
Certainement. C’était un programme bien structuré et intégré. Il comprenait des actions de soutien techniques et commerciales, telles que : la participation à des foires commerciales internationales, une assistance technique sur site ainsi que des ateliers de formation technique destinée aux entreprises, aux architectes et aux maçons. Mais plus important encore, les entreprises pouvaient s’appuyer sur une assistance technique d’une durée de dix ans. Ceci a été confirmé par des audits externes au programme sectoriel du CDE réalisés en 2009. Ils ont démontré que toutes les entreprises bénéficiaires ont vu l’accroissement de leur productivité et de leur rentabilité. Toutefois, on assiste actuellement une réorientation de l’appui du CDE, comme d’autres donateurs, vers de nouveaux secteurs. En tout cas, quand le secteur de la construction profite aux entreprises locales, il a des effets bénéfiques pour l’ensemble de la société. Les bâtiments en briques sont de meilleure qualité, plus durables, et plus économes sur le plan énergétique par rapport à ceux qui sont construits en béton.
Que reste-t-il à faire pour soutenir le développement du secteur ?
La situation est particulièrement critique en Afrique de l’Ouest, mis à part au Nigeria et au Ghana. En dépit de cette situation qui se détériore, une tendance positive apparaît. Elle doit être renforcée. Il faut beaucoup de temps et d’effort pour développer la conscience des architectes et des consommateurs. Ce processus doit être soutenu par une assistance technique durable. Une politique particulièrement réussie a été adoptée au niveau régional par le Ghana. Le gouverneur de la région de Brong-Ahafo a décidé que tous les nouveaux bâtiments financés sur fonds publics doivent être construits en briques. Ceci a encouragé les entreprises locales à se développer et les a aidées à accéder aux crédits bancaires. Si on pouvait appliquer ce schéma dans d’autres régions ou pays, le développement du secteur pourrait s’accélérer.
Propos recueillis par Simona Mussolino simona.mussolino@cde.int
Daniel Deconinck, expert dans le secteur des briques en terre cuite :
« Le potentiel est très important en Afrique »
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| L’entreprise béninoise « Nature Brique » |
Daniel Deconinck, de l’entreprise Ceratec, est un expert dans le secteur des briques en terre cuite. Il collabore depuis longtemps avec le CDE et a été chargé par le Centre, en 2009, d’une assistance technique à l’entreprise béninoise « Nature Brique » (voir Partenariat n°106 de janvier 2010). Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Daniel Deconinck fait le point sur cette intervention et le secteur de la construction en Afrique de l’Ouest.
Pendant des années, le secteur de la construction en Afrique de l’Ouest, n’a pu développer son potentiel à cause d’une mauvaise qualité du produit et d’une faible disponibilité de briques en terre cuite. Quelle est la situation aujourd’hui ?
Le potentiel pour les matériaux de construction en terre cuite est en effet très important en Afrique de l’Ouest comme partout en Afrique. La matière première, la terre argileuse, y est abondante et de nombreuses solutions existent pour la cuisson de ces produits. Cependant, du fait que la production artisanale proposait jusqu’à présent des matériaux de très faible qualité, la gamme se limitait presque toujours à des briques pleines d’une seule dimension.
Les choses commencent à bouger, et quelques briqueteries semi-industrielles ou industrielles voient le jour en Guinée, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Tchad, etc… Ces briqueteries proposent une gamme plus étendue de produits tels que les briques de parement, les blocs creux, les hourdis, les claustras (etc.) de qualité supérieure souvent équivalente à ce que l’on trouve en Europe.
Pourquoi est-il si important de fabriquer des briques ? Quels sont les avantages de ce produit par rapport à d’autres matériaux de construction ?
Les produits en terre cuite ont de nombreux avantages, notamment par rapport aux produits à base de béton qui ont envahi le marché après l’époque coloniale. Ces avantages sont :
- une isolation thermique offrant un confort bien plus élevé, qui permet de réduire fortement la consommation électrique et le recours à la climatisation.
- des constructions plus légères qu’en béton, d’où une structure plus légère et moins coûteuse. Cela est particulièrement vrai pour les dalles situées entre les deux niveaux d’un immeuble, où les hourdis en terre cuite sont extrêmement avantageux et permettent de diviser par quatre le ferraillage.
- l’aspect esthétique, avec des maçonneries apparentes qui ne nécessitent aucun entretien. En effet, les murs faits de parpaings en béton doivent être couverts d’un enduit ou crépi et doivent régulièrement être repeints, ce qui engendre un coût très important à long terme.
- en ce qui concerne la couverture, les tuiles en terre cuite sont très esthétiques et offrent une excellente isolation thermique et acoustique ; à l’opposé des tôles ondulées métalliques.
Même si, dans certains pays, les produits en terre cuite coûtent sensiblement plus cher que les autres matériaux de construction (parpaings en béton et tôles ondulées), il est important dans un pays de pouvoir disposer de produits de qualité, car il existe un marché considérable pour cela. Il arrive très souvent que les tuiles, claustras (etc.) soient importés d’Europe à des prix très élevés. De nombreux projets d’envergure ne peuvent être réalisés faute de matériaux de construction de qualité. Il y a donc un marché réellement non satisfait.
Pourriez-vous nous expliquer quelles sont les principales faiblesses des entreprises du secteur ?
Les principales difficultés et faiblesses des entreprises du secteur sont :
- le coût relativement élevé de telles usines, et donc la difficulté de rassembler les capitaux propres nécessaires à l’obtention de tout financement supplémentaire. Le financement en soi peut facilement être obtenu auprès des nombreuses institutions financières (BAD, BIO, banques locales,…), mais les promoteurs éprouvent des difficultés à rassembler ou risquer les 30 % d’apport propre nécessaires à tout montage financier. La maîtrise de la technologie et du volet technique n’a jamais posé de problème, grâce aux formations et assistances techniques dont les promoteurs bénéficient grâce à des aides comme celles du CDE.
- l’organisation et le management pour diriger une entreprise de ce type. Il est assez difficile pour des promoteurs n’ayant aucune expérience industrielle de mener un tel projet.
Et quelles sont leurs points forts ou avantages à exploiter ?
Le principal point fort est avant tout le marché. Aucune briqueterie industrielle ou semi-industrielle installée en Afrique de l’Ouest ne peut satisfaire la demande. Il n’y a donc pas de concurrence, et les prix de vente sont excellents. Ensuite, toutes les matières premières et combustibles sont généralement disponibles localement, ce qui rend le fonctionnement peu dépendant de facteurs extérieurs. Seul un stock de pièces de rechange doit être constitué et entretenu, mais ceci relève du management.
En 2009, vous avez réalisé pour le CDE une assistance à « Nature Brique », une entreprise qui pourrait devenir la première à offrir des briques à l’échelle industrielle au Bénin. Pourriez-vous nous expliquer le caractère innovant de ce projet ? Quelle était votre tâche dans ce contexte ?
En 2009, Ceratec a effectivement réalisé pour le compte d’un promoteur Béninois une briqueterie industrielle. J’ai personnellement assuré la supervision du montage des équipements et la mise en service sur financement du CDE.
Le projet, d’une capacité de 5 tonnes/heure, a été réalisé en deux phases qui se sont enchaînées :
- la première phase consistait à installer et mettre en service une ligne d’étirage simple pour la fabrication de briques pleines et perforées, avec séchage naturel des produits et cuisson dans des fours de campagne améliorés. Une partie de la production a été commercialisée et l’autre partie a servi à la construction d’un four semi-continu industriel,
- la deuxième phase consistait à ajouter des équipements pour constituer une ligne d’étirage sous vide et permettre la fabrication d’une large gamme de produits (blocs creux, claustras, hourdis,…) et la mise en service du four semi-continu.
Le combustible utilisé pour la cuisson des produits est la coque de noix palmiste broyée, ce qui constitue une première. Ainsi, le projet a été monté de façon tout à fait autonome en fabriquant sur place des briques nécessaires à la construction du four définitif. Tous les intrants (terre argileuse et combustibles) proviennent du site et de ses environs immédiats.
A quel stade est la construction de l’unité de production ? Quelle gamme de produits, quelle qualité et pour quels marchés pourra-t-elle produire ?
Le projet est terminé et actuellement opérationnel. La gamme de produits est la suivante : briques de parement, hourdis et blocs creux.
Les équipements permettent la fabrication de tout autre produit qui sera ajouté ultérieurement suivant la demande. La capacité est de 5 tonnes/heure ou 9 000 tonnes/an. Le marché sera principalement Bohicon, Agbodome et Cotonou. Le projet a l’avantage d’être situé le long de la route principale allant de Cotonou à la frontière avec le Burkina Faso, ce qui facilite le transport et l’écoulement des produits.
Ce projet avait aussi pour objectif de faire face à la réduction du prélèvement sauvage de sable marin, qui provoque une très importante érosion de la côte béninoise. D’après vos informations, cette pratique nuisible a-t-elle été arrêtée ou au moins réduite ?
La production de « Nature Brique » sera loin de satisfaire la demande en matériaux de construction. Ce projet va néanmoins contribuer à la réduction de l’utilisation de sable marin et à l’érosion du littoral. En effet, l’utilisation de produits en terre cuite permet de réduire énormément l’utilisation de mortier et béton, et donc de sable.
Propos recueillis par Simona Mussolino simona.mussolino@cde.int
Promotion de la pierre africaine sur les marchés de l’UE
| Visite d’une carrière à Carrare |
Un projet visant à soutenir l’industrie de la pierre naturelle en Afrique australe a été récemment mis en oeuvre par le CDE en partenariat avec l’Institut italien du commerce extérieur (ICE) et Toscana Promozione ainsi qu’avec IMM-Carrara, une entreprise italienne spécialisée dans la promotion de la pierre.
Le projet part du principe que tous les matériaux de construction commercialisés dans l’UE doivent obtenir le label CE pour être distribués sur les marchés européens ; ce qui offre une garantie que la pierre correspond aux normes de l’Union.
Pour obtenir le label CE, les compagnies africaines du secteur de la pierre doivent se soumettre à des procédures qui consistent à fournir des données techniques précises sur leurs caractéristiques. A cet égard, une session de formation a été organisée entre octobre et novembre 2009 au bénéfice de techniciens africains chargés de tester les produits. Ceux-ci pourront à leur tour fournir une assistance technique aux entreprises locales.
A la suite de cette formation, d’autres opérations ont été réalisées :
- une mission représentant les entrepreneurs du secteur de la pierre en Afrique australe et un représentant d’Afristone, une association africaine de la pierre, a participé au salon spécialisé Carraramarmotec 2010,
- un catalogue numérique sur CD, disponible également sur le site internet d’Afristone, a été réalisé. Cette opération est considérée comme la première étape dans la classification de la pierre africaine selon les standards de l’UE.
L’Afrique australe est certainement la région africaine la plus en pointe dans le secteur de la pierre en raison de l’importance de la production de ses carrières, de la diversité de la gamme proposée (marbre et granit), de ses exportations sur les marchés de l’UE et de l’étroitesse de ses relations commerciales ou de partenariat avec l’industrie de la pierre en Italie.
Les représentants africains qui ont été sélectionnés ont participé, du 19 au 22 mai 2010, à Carraramarmotec 2010, l’une des plus importantes foires commerciales du secteur, qui se déroule dans la ville italienne de Carrare, connue pour l’excellence de son industrie de la pierre. La délégation africaine comprenait des représentants du Zimbabwe, de Namibie et de Tanzanie. Le représentant d’Afristone était originaire du Kenya.
Un programme intensif a été organisé pour la délégation africaine, qui a pu visiter des carrières et des unités de transformation, rencontré des fabricants d’équipements et d’autres professionnels du secteur. Les membres de la délégation ont également participé à des sessions de formation organisées par Carraramarmotec : une formation technique doublée d’une présentation sur les sources de financement européens en direction des entreprises ACP.
Le président d’Afristone, Jayant Paunrana, s’est engagé à diffuser les informations recueillies sur le site internet d’Afristone (voir interview ci-dessous). Un partenariat avec l’industrie nigériane de la pierre a été également étudié par M. Paunrana. Les autorités nigérianes ont mis en place un ensemble d’actions de soutien au secteur de la pierre et en ont fait la promotion à travers l’importante délégation présente à Carraramarmotec.
Concernant le catalogue numérique disponible sur CD et sur le site internet d’Afristone, il comprend des informations techniques et des photos d’une soixantaine de catégories de pierre en provenance d’Afrique australe. Ces informations sont issues des archives d’IMM Carrara et des contributions des importateurs européens établis à Carrare.
Le CD est considéré comme un outil de promotion de la pierre africaine. Il sera distribué dans les entreprises africaines et européennes ainsi qu’auprès des architectes, qui pourront prendre connaissance de la richesse de la gamme de pierres africaines. Une mise à jour régulière se fera sur le site d’Afristone www.afristone.com.
Contact: Sid Boubekeur sid.boubekeur@cde.int
Jayant Paunrana, président d’Afristone : « Créer des partenariats avec l’UE
et faciliter un transfert de technologie vers les pays ACP »
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M. Jayant Paunrana, président d’Afristone, nous a accordé une interview à l’occasion de sa participation au salon spécialisé Carraramarmotec 2010 qui s’est déroulée du 19 au 22 mai 2010 à Carrare. Rappelons que M. Paunrana était à la tête d’une délégation d’entrepreneurs d’Afrique australe et que la participation de la délégation se déroulait dans le cadre de l’initiative du CDE, d’ICE et de Toscana Promozione, en partenariat avec IMM-Carrara, visant à promouvoir la pierre africaine (voir article ci-dessus).
M. Paunrana, vous avez participé récemment au salon Carraramarmotec 2010. Quelles sont vos impressions ? Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?
Je me rends régulièrement à Carraramarmotec depuis le début des années 1980 et je suis très familier de l’industrie italienne de la pierre. Bien que cette manifestation soit un rendez-vous important, mon impression est que nous assistons à un déplacement de l’Ouest vers l’Est du commerce de la pierre, comme pour d’autres matières premières. En tout cas Carraramarmotec constitue toujours le lieu où l’on trouve les innovations les plus notables dans l’utilisation de la pierre. Dans le domaine des équipements, de nouveaux procédés de traitement des blocs ou des plaques de pierre à la résine m’ont beaucoup impressionné. Ils sont la preuve de la position unique de l’Italie dans le monde de la pierre.
Quelles sont, selon vous, les tendances de l’industrie de la pierre plus particulièrement en Afrique ?
L’Afrique constitue le dernier gisement inexploité de pierre de taille. Il reste encore beaucoup de gisements à découvrir, même si, depuis dix à quinze ans, on a assisté à quelques réussites. Le seul secteur en développement est celui de l’exportation de blocs bruts sans valeur ajoutée. Le coût du produit fini dans les pays ACP reste très élevé du fait du manque d’infrastructures, du prix élevé de la facture énergétique, et plus encore de l’absence d’une technologie abordable et d’une identité commerciale. La plupart des pays africains sont inondés d’importations bon marché de pierre en provenance de Chine.
Si rien de fondamental n’est fait pour trouver des solutions stratégiques et durables, cette tendance se poursuivra. Nous devons en tant qu’Africains prendre conscience que nos marchés évoluent à grands pas. Si nous pouvons fournir de bons produits finis à des prix comparables aux produits importés, nous pourrons commercialiser localement et exporter.
Vous avez été invité comme intervenant à la présentation du catalogue numérique d’Afristone et de l’industrie nigériane de la pierre. Quel est, selon vous, le potentiel de développement de ce secteur au Nigeria ? Qu’avez-vous recommandé durant votre intervention ?
Le potentiel du secteur est très impressionnant au Nigeria. Mais il ne faut pas sous-estimer également d’autres pays africains qui sont dotés de produits comme le marbre, le granit, le quartzite et l’onyx. Nous devons en tout cas demander à nos gouvernements de nous soutenir dans les domaines suivants :
- amélioration des infrastructures et établissement de normes foncières pour les mines de pierre,
- incitation à l’exportation de produits finis à l’aide de subvention pour les coûts énergétiques, etc.
- annulation des droits de douane sur les équipements et consommables importés pour la production de la pierre,
- imposition d’une taxe sur les importations de pierre pour une durée de sept à dix ans pour permettre aux entreprises africaines d’atteindre leur maturité et de devenir concurrentielle.
Parallèlement, l’UE et plus particulièrement l’industrie italienne de la pierre devraient créer des partenariats et faciliter un transfert de technologie vers les pays ACP. Les entreprises européennes pourraient contribuer à donner une identité commerciale aux produits de la pierre africaine ACP en prenant pour exemple la notoriété de la pierre italienne sur le marché. On peut imaginer que la pierre africaine puisse être un jour proposé avec un label italien réputé.
Pourriez-vous nous décrire ce que vous proposez dans le nouveau catalogue numérique disponible en CD et sur le site internet d’Afristone ? Quelle en sera l’utilité ?
Comme je l’ai déjà dit, les produits de la pierre africaine sont peu connus à l’étranger même par les professionnels du secteur. Ce catalogue sera un outil de grande utilité pour promouvoir la pierre africaine auprès des architectes et des entreprises. Certes, les outils marketing sont nécessaires mais ne sont pas suffisants si les recommandations dont j’ai parlé précédemment ne sont pas prises en compte. Ma seule crainte est que nous soyons un peu en retard : les entreprises chinoises ont déjà commencé à importer de la pierre brute africaine et installeront bientôt leur industrie en Afrique. Il n’y a plus de temps à perdre, il faut agir d’urgence !
Propos recueillis par Simona Mussolino simona.mussolino@cde.int
Marco Cosi, géologue et expert associé CDE pour le secteur minier :
« Le potentiel du gisement de calcaire en Jamaïque est énorme »
Marco Cosi est géologue. Il a travaillé comme expert associé au CDE de 1996 à 2004 et a été chargé, en 2008/2009, d’élaborer un plan de mise à niveau pour la compagnie minière jamaïquaine Somerset Enterprise Co. Celle-ci cherchait à diversifier sa production après la chute brutale du secteur de la bauxite en Jamaïque. Dans l’interview que Marco Cosi nous a accordé, il fait un tour d’horizon du secteur minier jamaïcain et des perspectives de développement.
Quelles sont les raisons principales du déclin du secteur de la bauxite en Jamaïque ?
La Jamaïque était, durant les années 60, le premier producteur mondial de bauxite, la matière première de l’aluminium. Il est actuellement à la troisième place derrière l’Australie et la Guinée. Le secteur a été gravement affecté par la chute de la demande internationale, causant le ralentissement ou la fermeture de plusieurs unités de production et la mise à pied de nombreux employés. D’autre part, le développement rapide des importations de la Chine a rendu la bauxite jamaïcaine moins compétitive que l’australienne, l’africaine ou l’asiatique. Par exemple, la compagnie jamaïcaine Clarendon Alumina Production, située dans la paroisse de Clarendon (comté du Middlesex), n’a pas voulu réduire sa production ni procéder à des licenciements durant cette période difficile.
Actuellement, le calcaire est le second produit minier en Jamaïque après la bauxite. Est-il utilisé sur le marché local du bâtiment ou également exporté ? Comment peut-il être mieux exploité ?
Le calcaire a été et reste partiellement la principale matière première utilisée dans le traitement de la bauxite. La majorité des compagnies minières jamaïcaines vendait sa production en vrac pour être traitée par d’autres compagnies locales. Après la crise et le déclin du secteur de la bauxite, la plupart des fournisseurs de calcaire ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 50 à 60 %. Ils sont désormais à la recherche d’autres débouchés. En Jamaïque, son utilisation pour la bauxite mise à part, le calcaire est utilisé comme un agrégat dans le bâtiment et la construction de routes, à hauteur de 30% de la production totale.
Le potentiel du calcaire jamaïcain à très forte teneur en CaCO3 –la Jamaïque est appelée le pays du calcaire– pourrait être exploitée dans différentes productions industrielles (pâte à papier, agriculture, chimie, pharmacie, etc). Certaines compagnies minières exploitent le calcaire pur (à hauteur de 99, 2% de teneur en CaCO3) vers les Etats-Unis, après une première phase de raffinage.
A l’évidence, le calcaire, pourrait être utilisé comme matériau de construction à condition d’effectuer une étude géologique et une étude de marché (voir carte géologique de la Jamaïque et échantillonnage de pierres jamaïcaines).
Dans l’étude que vous avez mené pour Somerset Enterprise, vous indiquez que l’usage du calcaire comme matériau de construction est très peu développé en Jamaïque. Les raisons que vous citez sont : l’absence d’une culture de la pierre dans le pays, la faiblesse de l’industrie locale et l’absence d’une stratégie d’investissement, d’incitation publique ou d’initiative privée. Comment serait-il possible de modifier cette situation ? Quel est le potentiel de ce marché ?
Le potentiel est énorme autant sur le marché local qu’à l’export (Etats-Unis, Caraïbes, Mexique et Amérique du Sud). Pour saisir ces opportunités, il est important d’agir dans les trois directions suivantes :
- une politique gouvernementale appuyant le secteur privé pour faciliter la diversification du secteur minier (exploration, évaluation, exploitation, marketing, etc),
- la formation professionnelle,
- les actions de promotion auprès des décisionnaires sur le marché.
Dans le cadre de la diversification de sa production et de sa mise à niveau, dans quelle mesure Somerset Enterprise Co. fabriquera des produits finis et semi-finis ?
Somerset Enterprise envisage de produire 100m3/mois de blocs de calcaire et au moins 2 000m2/mois de produits finis (dalles taillées et polies ou produits taillés sur mesure) avant la fin de 2011. La compagnie recherche le soutien de formateurs et d’experts pour identifier de nouveau gisement de calcaire de haute qualité.
Quelles sont les actions principales préconisées dans le plan stratégique que vous avez élaboré pour Somerset Enterprise Co. ?
J’ai proposé un plan d’investissement sur le moyen et le long terme s’appuyant sur les actions suivantes :
- démarrage de la production de blocs de calcaire bruts et finis,
- identification de nouvelles utilisations du calcaire comme minerai industriel,
- création d’une structure de commercialisation moderne avec des financements adéquats,
- formation du personnel et de l’encadrement.
Où en est la mise en oeuvre de ce plan stratégique par l’entreprise ?
Il est trop tôt pour faire un bilan. Mais je sais que la direction de la compagnie a déjà investi dans du matériel d’extraction et de traitement des pierres de taille et prévoit des investissements à court et moyen terme dans les domaines du marketing et de la formation.
Au niveau des pouvoirs publics, des mesures ont-elles été prises dans le sens que vous avez proposé ?
Tout à fait. Jamaica Trade Invest – JAMPRO a récemment lancé un appel d’offres public pour la réalisation d’une étude technique et de marché pour les minéraux non métalliques en Jamaïque. L’accent a été mis tout particulièrement sur le calcaire et ceci est un bon signe !
Propos recueillis par Simona Mussolino simona.mussolino@cde.int
Ivoire Ingénierie renforce ses capacités
pour être plus concurrentielle au plan local et international
Le CDE a lancé, en janvier 2009, une assistance technique à Ivoire Ingénierie, une société qui a plus de quarante années d’expérience dans le domaine de la construction métallique pour le bâtiment. Ce secteur est très important en Côte d’Ivoire, où il génère un chiffre d’affaire d’environ € 35 millions/an.
Ivoire Ingénierie (2I) est une entreprise qui emploie 139 salariés permanents et 800 journaliers. Elle travaille dans la construction de bâtiments industriels, la transformation du cacao, du caoutchouc, de l’huile de palme et du pétrole. L’entreprise a établi, depuis 1994, un partenariat avec la société française Stolz Sequipag dans le secteur des agro-industries. Ce partenariat lui a permis de réaliser des usines au Ghana, au Mali et au Cameroun. Elle couvre aussi les marchés de prestation de services et de maintenance pour les industries de transformation du cacao, du caoutchouc et du pétrole. Depuis 2000, l’entreprise a étendu ses activités aux marchés de construction de bureaux et de salles d’exposition pour l’automobile.
L’entreprise 2I est actuellement en pleine croissance. Toutefois, pour faire face à la concurrence européenne et surtout chinoise et coréenne, l’entreprise a décidé, à partir de 2008, de relever sa productivité et sa qualité pour la rapprocher des standards internationaux.
Afin de satisfaire la demande de l’entreprise en matière de productivité, le CDE a contracté les services du cabinet Expertise Bethel international, qui a eu la charge de former trois ingénieurs d’affaires aux modules suivants :
- planification des opérations techniques sur le chantier,
- suivi et optimisation des ressources humaines,
- suivi et optimisation des ressources matérielles
- respect des normes de sécurité sur le chantier.
Après une première phase de recherche documentaire, de diagnostic approfondi de l’entreprise et l’élaboration d’outils pour les différents modules, la phase de formation théorique alternée a démarré à partir de juin 2009, avec des accompagnements sur le chantier.
Pendant la phase pratique, il s’agissait d’accompagner chaque chargé d’affaire pendant le déroulement de son chantier en appliquant au mieux les acquis de la formation. Ainsi :
- Eric N’gatta Kouakou a été accompagné dans la gestion d’un chantier qui consistait dans le déplacement et l’installation de deux séchoirs avec modification du processus pour accroître la capacité de production de 30t/h à 40t/h,
- Camille Joël Yokoré Djouhoumou a été accompagné dans la gestion de la conception, la fourniture et la pose d’une tour de pesage du charbon pour l’alimentation d’une chaudière afin d’en optimiser la consommation,
- Hermann Adoueni Katché a été accompagné dans sa tâche d’ordonnancement général de l’ensemble des chantiers en cours en vue de l’optimisation des ressources humaines et matérielles.
Au terme de cette mission les modules de formation se sont déroulés d’une manière satisfaisante et ont été appliqués à des chantiers en cours qui ont pu être réalisés dans les délais prévus. Les résultats suivants ont été obtenus :
- un manuel de formation décrivant le processus de management des projets industriels a été remis à chaque participant,
- la mise en place de l’ordonnancement général des chantiers pour une meilleure optimisation des ressources humaines et matérielles pour l’ensemble des chantiers de l’entreprise,
- l’acquisition des équipements de sécurité et la mise en place d’un responsable chargé de renforcer la sécurité des chantiers.
Contact: Ruben Moreno ruben.moreno@cde.int
Renseignements complémentaires :
- Guide Blocs de terre comprimée, équipements de production
Lien : http://www.cde.int/documents/Blocs_de_terre_comprime.pdf
- Guide Blocs de terre comprimée, standards (disponible sur demande. Contact : info@cde.int )
- Briqueteries, Unités de 10 000 à 30 000 tonnes/an (disponible sur demande. Contact : info@cde.int )
- Guide de l’exploration minière, minerais métalliques (disponible sur demande. Contact : info@cde.int )
- L’extraction des pierres ornementales dans les pays ACP (disponible sur demande. Contact : info@cde.int )
- Dimension stone in ACP Countries: potential and projects in the Southern African Development Community (S.A.D.C) (disponible sur demande. Contact: info@cde.int )
- Dimension stone in ACP Countries: potential and projects of the Dominican republic. Disponible en anglais et espagnol sur demande. Contact: info@cde.int
3. SUR LE TERRAIN
Afrique de l’Ouest : le CDE et BIO mettent en place la « Facilité Athena », un financement adapté au développement des PME
| Les participants à la cérémonie d’ouverture de l’atelier du CDE en Côte d’Ivoire |
La « Facilité ATHENA » est le fruit d’un partenariat entre BIO (la Société belge d’investissement pour les Pays en Développement), et le CDE. La vocation de la « Facilité Athena » est de soutenir de nombreuses entreprises des pays ACP confrontées de façon récurrente à un accès difficile aux financements durables adéquats. Ces PME sont souvent pénalisées par un manque de capacités à formuler leur demande de crédit pour leurs projets d’investissement. Elles ont donc besoin d’une assistance technique pour faciliter leur mise à niveau.
Il s’agit pour BIO et le CDE de favoriser le développement économique durable, par l’octroi de financements spécifiquement adaptés aux PME dans les pays ACP, sur base de procédures de décision et de suivi simplifiées et adaptées à cette cible. Les deux institutions souhaitent ainsi créer des synergies, en alliant leurs complémentarités de bailleur de fonds d’une part et d’acteur de terrain de l’autre.
Dans le cadre de la mise en œuvre effective de « ATHENA », un séminaire de formation a été organisé à l’attention des Antennes du CDE en Afrique de l’Ouest et du Centre du 28 au 30 juin 2010 à Grand-Bassam (Côte d’Ivoire). Ce séminaire a permis de former les Antennes du CDE à l’identification, la préparation des dossiers de demandes de crédit et l’accompagnement des entreprises ciblées pour bénéficier de la "Facilité ATHENA".
Contacts :
- Gaston Baganzicaha (gaston.baganzicaha@cde.int) pour les régions Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale et Pacifique
- Farai Majuru (farai.majuru@cde.int) pour les régions Afrique de l’Est, Afrique Australe et Caraïbes
République Dominicaine : assistance du CDE
pour le développement du cluster des producteurs de mangue
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| Le CDE a participé au salon spécialisé Expo Mango, en République Dominicaine | ||
Les producteurs de mangue en République Dominicaine sont au nombre de 1 100 exploitant plus de 3 000 ha. Jusqu’en 2005, la mangue était une production vivrière vendue sur le marché local ou exportée sous forme de pulpe pour un prix inférieur à celui du fruit frais. Depuis 2005, et le soutien apporté par l’USAID pour la formation d’un regroupement de producteurs en cluster, le rendement de la surface cultivée a été multipliée par deux, des normes phytosanitaires ont été appliquées et les améliorations des techniques d’emballage ont permis à la mangue dominicaine d’accéder au marché international.
Le regroupement des producteurs de mangue en cluster comprend aujourd’hui 211 membres actifs dont les exportations sont passées de 49 conteneurs en 2003 à 200 unités en 2009. Les importations de mangue dominicaine dans l’UE représentaient € 5 millions, en 2009.
La saison de la mangue dure cinq mois, du mois d’avril jusqu’au mois d’Août ; ce qui coïncide avec la présence sur les marchés européens et américains de fruits concurrents. Cette situation, parallèlement à l’augmentation des rendements, a provoqué un excédent de fruits frais invendus. Le cluster examine, de ce fait, la possibilité de transformation du produit.
L’assistance du CDE a été sollicitée par le cluster de producteurs de mangue dominicains. Un expert a été chargé d’élaborer une stratégie d’industrialisation qui comprend le développement de produits à valeur ajoutée, des systèmes de transformation et un accès au marché européen. Un expert du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) a été chargé de se rendre sur place pour visiter les plantations et les équipements. Il a ensuite présenté ses observations lors d’un atelier de travail et assisté le cluster dans la formulation du concept d’industrialisation : diversification des produits, traitement de fruits hors saison, recherche de marchés, emballages, création d’une coopérative, installation d’une unité de traitement, fourniture d’équipements, stockage et réfrigération, certification sanitaire, etc.
Enfin, le cluster a participé au salon spécialisé Expo Mango, qui s’est déroulé du 17 au 20 juin en République Dominicaine en présence d’une délégation du CDE.
Contact : Marie-Louise Norton-Murray marie-louise.norton-murray@cde.int
4. EN BREF
Nouveaux guides publiés par le CDE
Guide : Produire et transformer les feuilles de moringa
Dans le cadre d’un programme d’appui à la certification du moringa (voir Partenariat n° 100 d’avril 2009) le CDE a publié un manuel destiné à informer les producteurs sur les normes et les codes de bonne conduite.
Pour commander ce guide contactez-nous : jordi.tio-rotllan@cde.int
Guide pratique de la culture de la pomme de terre en Afrique de l’Ouest
Ce guide (voir Partenariat n° 106 de Janvier 2010) est maintenant disponible aussi en CD et peut être téléchargé à partir du lien suivant :





